Je suis dyslexique et je suis bon en français!

Par Geneviève Cusson, orthopédagogue M.A.

Geneviève Cusson, orthopédagogue M.A., chronique orthopédagogique Mystère et boule de gomme, Ski-se-Dit, mai 2021

Je suis dyslexique et je suis bon en français!

Émile avait 11 ans quand je l’ai rencontré. Il s’est présenté par : « Je suis poche en français. » Ce qui n’était pas tout à fait faux. Bien qu’il essayait de lire vite, pour paraitre bon, c’était une catastrophe ! Il changeait des mots pour d’autres, sautait par-dessus certains ou en modifiait la fin. Il ne tenait pas compte des points ni des virgules. En revanche, il faisait des pauses à des endroits qui rendaient le texte parfois incompréhensible. 

 

Malgré une intelligence normale, Émile ne réussissait pas à apprendre à lire comme ses confrères de classe. Ses résultats scolaires en français frôlaient la ligne de passage, lire à voix haute était un supplice et il ne prenait aucun plaisir à la compagnie des livres. Ce qu’Émile ne savait pas, ce qu’il était atteint d’un trouble neurologique permanent, la  dyslexie.

 

Des Émile, il en existe plein d’autres. Je me souviens de Vanessa qui, venant d’être embauchée dans un restaurant, a appris le menu par cœur avant son premier jour de travail parce qu’elle ne saurait pas le lire devant les clients. J’ai connu Colette qui a perdu ses revenus parce qu’elle n’a pas su déchiffrer les lettres envoyées par Emploi Québec. J’ai aussi rencontré Nicolas qui a abandonné les procédures pour obtenir un médecin de famille parce qu’il n’arrivait pas à remplir le formulaire en ligne. Et Stéphane, pompier volontaire, qui a quitté ses fonctions après avoir vu le manuel de la formation devenue obligatoire, découragé face aux textes à lire. Il y a aussi Camille qui a pris plus de dix reprises pour obtenir un permis de conduire temporaire à la SAAQ parce qu’elle n’arrivait pas à décoder les questions écrites. Tous des Émile qui se croyaient poches.

 

En réalité, personne ne leur avait suggéré qu’ils pourraient être dyslexiques. Et pourtant, des signes précurseurs de ce trouble neurologique affectant 5 à 10% de la population sont perceptibles dès la maternelle où les enfants possiblement dyslexiques peinent à faire des rimes ou à nommer les sons des mots. Rien d’alarmant ! Mais il est préférable d’agir rapidement et de suivre de près leurs progrès, car ces difficultés peuvent être un signe de dyslexie. En effet, les dyslexiques n’associent pas les sons aux bonnes lettres, confondent certains sons, en omettent d’autres ou les déplacent. Par conséquent, pour lire un texte, ils vont deviner des mots, en modifier plusieurs, sauter ceux trop longs ou encore décoder lentement tous les mots, même ceux qu’ils connaissent déjà. Une grande énergie est investie au décodage et il en reste par conséquent trop peu pour comprendre le sens du message écrit. Une question qui porte sur l’humour peut ainsi mener une dissertation sur l’amour.

 

Pour tous ces Émile, il y a de l’espoir. Il existe plusieurs moyens pour apprendre à vivre avec  la dyslexie. D’abord, il faut aider le dyslexique à prendre conscience des erreurs qu’il commet de sorte qu’il puisse déjouer le trouble par divers trucs que l’on doit lui enseigner. La lecture demeurera cependant ardue.  Aujourd’hui, le recours à une voix synthétique qui fait la lecture, tel que des livres audio, est un des moyens qui permet à plusieurs dyslexiques d’accéder au message des textes. En utilisant divers moyens, les Émile peuvent enfin se présenter en disant : « Je suis dyslexique et je suis bon en français ! »

https://neurosolution.ca/2015/05/types-dyslexie-dysorthographie/

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À propos de Geneviève Cusson

Orthopédagogue M.A. et directrice générale chez Futé

Une véritable passionnée de pédagogie et d’orthopédagogie! En fondant Futé, cette orthopédagogue d’expérience veut partager sa passion, son expertise et ses connaissances pour rehausser le niveau de littératie et augmenter la réussite scolaire.

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