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Chronique orthopédagogique Mystère et boule de gomme, Ski-se-dit, aout 2021, en collaboration avec Rachel David-Asselin, psychoéducatrice au CISSS des Laurentides

Vous souvenez-vous de ce que vous ressentiez à l’approche de la rentrée scolaire ? Étiez-vous excité d’acheter de nouveaux cahiers et des crayons colorés ? Curieux de retrouver vos camarades de classe et de découvrir votre enseignante ? Ou étiez-vous du genre à vous imaginer le pire ? Bien que la rentrée scolaire soit un événement excitant pour la plupart des enfants, le stress qu’elle occasionne entraine des cauchemars pour d’autres.

En effet, une certaine proportion d’enfants vit très bien le stress du retour en classe. Le stress est une réaction du corps tout à fait normale qui nous aide à nous préparer à un changement. Lorsque ce changement est perçu positivement, le stress est ressenti comme une excitation et se manifeste par de l’agitation, des rires, une envie de jouer. Si le stress est perçu négativement, il est alors ressenti comme un malaise, malaise qui mène, parfois, à de l’anxiété.

La rentrée scolaire consiste en un réel stress, un changement au sein duquel les capacités adaptatives de l’enfant seront interpellées. Il devra s’adapter à une nouvelle enseignante, un nouveau milieu de vie, une nouvelle dynamique de groupe, etc. Par contre, l’anticipation de situations peu agréables comme n’avoir aucun ami dans sa classe, être ridiculisé, avoir l’enseignante tant redoutée, manquer l’autobus ou se perdre dans l’école, consiste en des scénarios anxiogènes, car ces évènements n’ont, et n’auront peut-être, pas lieu. Dès lors, l’enfant peut manifester son stress par des symptômes physiques comme des maux de ventre, des maux de tête, des difficultés à s’endormir, etc. Certains enfants sont plus irritables et réagissent plus promptement qu’à l’habitude; d’autres souhaitent éviter la rentrée scolaire et rester à la maison. Parmi eux, quelques-uns accordent malheureusement une trop grande importance à des scénarios catastrophiques. Là est question d’anxiété.

L’enfant qui vit du stress à l’approche de la rentrée scolaire manifeste son malaise, mais, contrairement à celui qui vit de l’anxiété, cela ne nuit pas à ses activités quotidiennes. Comme parents, il est plutôt préoccupant lorsque le fonctionnement de notre enfant est perturbé, lorsque notre enfant s’isole socialement, présente des difficultés de sommeil et vit de vives émotions désagréables. Si ces manifestations sont quotidiennes, envahissantes et persistent durant plusieurs semaines, il est alors pertinent de consulter. Des organismes comme le CISSS, la ligne-parent et le site Naître et grandir peuvent vous aider et aider votre enfant en souffrance.

Dans les deux cas, qu’il s’agisse de stress ou d’anxiété, la peur du changement à venir est réelle et ne doit pas être ignorée. Bien au contraire, il est important de reconnaitre et de valider l’émotion vécue par l’enfant. « C’est normal d’avoir peur. La rentrée scolaire, c’est beaucoup de changements ! » sont des mots susceptibles d’apaiser votre enfant. Reprendre la routine et multiplier des moments de détente (coloriage, méditation guidée, lecture, etc.) peuvent aussi réduire le niveau de stress.

Face au changement, nous ressentons tous un faible sentiment de contrôle. Pour diminuer le stress vécu par ce sentiment, permettez à votre enfant de prendre des décisions : choisir son matériel scolaire, les vêtements qu’il portera, ce qu’il mettra dans sa boite à lunch, etc. Pour certains enfants, il sera nécessaire d’anticiper la nouveauté et l’imprévisibilité en faisant, avant la rentrée scolaire, le trajet d’autobus (à pied ou en voiture), en allant jouer dans la cour d’école, en lisant des histoires d’enfants qui vivent la rentrée scolaire ou en détaillant l’horaire de la première journée de classe. Identifiez des individus de confiance à qui votre enfant pourra se référer dans la journée s’il en ressent le besoin (parents, amis, enseignantes, etc.).

Pour l’enfant dont le stress vécu est important, écoutez-le et explorez avec lui les situations catastrophiques qu’il s’imagine. Questionnez-le de manière à réviser ses pensées pour ensuite les remplacer par des pensées plus aidantes. Aidez votre enfant à dédramatiser lui-même les situations anticipées en lui demandant : Quel est le pire qui pourrait t’arriver ? Connais-tu quelqu’un à qui c’est arrivé ? Quelles en seraient les conséquences ? Sont-elles si graves ? Est-ce qu’il y a une autre façon de voir la situation ? Laissez-le répondre afin qu’il apprenne à se sécuriser lui-même et à explorer d’autres possibilités. Enfin, ne lui permettez pas de rater la rentrée scolaire, même s’il en fait la demande en pleurs. Accompagnez-le et allez chercher de l’aide pour vous aider dans ce difficile rôle parental.

Je dis cela avec beaucoup de compassion, croyez-moi ! J’ai moi aussi un enfant qui vit un haut stress face au changement. Ai-je toujours été adéquate ? Ciel, non ! Mais j’ai fait de mon mieux et je suis allée chercher de l’aide pour être capable de prendre du recul et d’être plus solide dans mon rôle de parent. Malgré les pleurs et les supplications, on doit se rappeler, comme parents, qu’il est sain et normal pour notre enfant d’être confronté aux transitions de la vie, dont la rentrée scolaire. Il faut saisir cette occasion pour accompagner et encadrer notre enfant à développer ses propres stratégies adaptatives pour faire face au stress. La rentrée scolaire est une excellente opportunité pour s’y pratiquer.

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