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Chronique orthopédagogique Mystère et boule de gomme, Ski-se-Dit, juin 2021, en collaboration avec Geneviève Chénier, M.Sc.S. orthophoniste

Il y a quelques années, j’ai eu la chance inouïe de travailler à la formation générale des adultes où des gens d’une résilience et d’une humilité extraordinaires décident, malgré un parcours scolaire ardu, de revenir sur les bancs d’école pour terminer des études secondaires. C’était le cas pour Pierrette, une cinquantaine d’années. Elle était tannée d’être femme de ménage et aspirait à des jours plus doux. Pierrette rencontrait sans cesse toutes sortes de difficultés : évincement, perte de l’assurance emploi, fraude financière, etc. C’est que Pierrette ne comprenait pas très bien les événements qui se présentaient à elle et, isolée, elle n’avait personne pour la conseiller. Or, Pierrette présentait manifestement un trouble développemental du langage.  

Le trouble développemental du langage est un trouble neurologique permanent présent chez environ 7% de la population. Il s’agit d’un trouble qui affecte plusieurs composantes du langage et de la communication. La capacité à manipuler, à distinguer et à produire les sons de la langue peut être atteinte. De cela découle des erreurs parfois cocasses de prononciation de certains mots telles que « veu » pour « feu » ou « palapuie» pour « parapluie». Chez les enfants, c’est plutôt mignon. Ça l’est toutefois moins chez l’adulte.

Le trouble développemental du langage peut aussi affecter le vocabulaire, c’est-à-dire que la personne atteinte peine à apprendre de nouveaux mots et à accéder aux mots qu’elle possède déjà. Un peu comme lorsque l’on a un mot sur le bout de la langue… mais vraiment souvent ! La maitrise du sens des mots peut également être compromise, ce qui parfois entraine une mauvaise utilisation d’un mot dans un contexte donné. Comprendre une farce ou diverses expressions constitue souvent un enjeu important. « Avoir des papillons dans l’estomac » ou « se mettre le bras dans le tordeur » sont prises au pied de la lettre.

De plus, il peut aussi être difficile pour une personne atteinte de ce trouble d’appliquer des règles sociales entourant la communication telles respecter les tours de parole ou maintenir un sujet de conversation. Il est quelque peu déconcertant de discuter avec quelqu’un qui ne semble pas nous écouter, non ?

Enfin, le trouble développemental du langage peut engendrer des phrases incomplètes et un discours incohérent chez la personne qui en est atteinte. Or, le trouble développemental du langage peut être présent chez des individus ayant une intelligence dans la norme ou même supérieure à la norme. Imaginez la frustration éprouvée à ne pas comprendre ce qui se passe, à ne pas être en mesure de se faire comprendre et à réagir inadéquatement socialement. Pire, de se faire répondre avec un ton enfantin, de se faire ridiculiser ou encore, ignorer.

Ces personnes cumulent depuis l’enfance des situations fâchantes. Plusieurs éprouvent des difficultés à apprendre, certains à entrer en contact avec les autres et à entretenir des relations, et d’autres à se trouver ou maintenir un emploi. Par conséquent, leur estime de soi se trouve diminuée et elles sont plus susceptibles de développer des troubles du comportement, de s’isoler et de présenter des problèmes de santé mentale, et ce, dès l’enfance. En effet, de récentes recherches montrent que plusieurs enfants présentant un trouble du comportement auraient, à la base, un trouble du langage.

Pour fonctionner harmonieusement en société, il est impératif de communiquer, c’est-à-dire de se faire comprendre et de comprendre l’autre. Si vous croisez quelqu’un qui éprouve des difficultés à bien communiquer ses idées ou qui ne semble pas bien saisir ce que vous lui dites, soyez bienveillants et patients. Prenez le temps de communiquer avec elle et offrez-lui un peu de dignité.

 

 

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